Le Queyras dans le

Bade-Wurtemberg

       
Blason Ristolas en QueyrasRistolas   Blason Molines en QueyrasMolines Blason Saint-Véran en Queyras
Saint-Véran
  Blason Ceillac en Queyras
Ceillac
 
           
              Queyras - Blason Bade-Würtemberg            
  Blason Château-Ville-Vieille en QueyrasChâteau-Ville-Vieille       Blason Arvieux en QueyrasArvieux   Blason Aiguilles en QueyrasAiguilles   Blason Abriès en QueyrasAbriès
               
                     
 

   1685 révocation de l'Edit de Nantes.
   Nombreuses sont les familles du Queyras et des vallées voisines du Piémont qui abandonnent tout, leur maison, leurs terres, leur bétail, et qui munis d'un pauvre baluchon cherchent asile sur des terres plus clémentes.
   Bien sûr pour eux il ne s'agit que d'une péripétie, une de plus ; leurs pères leur ont raconté longuement à la veillée les déboires occasionnés par leur foi, une foi qui n'est pas celle du roi. Ils reviendront, c'est sûr, une fois l'orage passé.
   Au moins c'est ce qu'ils croient.


   Ils sont partis dans la nuit, sans bruit, comme des voleurs, pour ne pas donner l'alerte aux voisins. S'ils sont pris, ils le savent, les hommes seront envoyés aux galères, les femmes seront emprisonnées à vie, les enfants leur seront arrachés et élevés dans cette foi qui n'est pas la leur. Alors ils marchent. Au col, ils se retournent pour un dernier regard sur la terre de leurs pères, ce pays où ils sont nés et qui leur est devenu hostile, et ils se remettent en marche. En chemin ils rencontrent d'autres fugitifs qui vivaient outre-mont, dont ils partagent la langue et qu'ils ont rencontrés parfois dans les foires. Ils marchent avec eux. Des personnes meurent, des enfants naissent. Il est si difficile de trouver de quoi faire un linceul, des langes... Mais ils ne s'attardent pas. Il faut marcher, marcher encore.

Queyras à Wurmberg : Platz des Patoua

Place du patois

   Le patois est le dialecte occitan que parlaient les Vaudois dans la vie quotidienne. En 1952 est morte la dernière personne parlant patois. Aujourd'hui encore on trouve ces patronymes vaudois : Barral, Barret, Charrier, Gille, Jouvenal, Micol, Mondon, Roux. Des exemples de toponymes vaudois : Baise, Braketlibju, Belver, Garande, Gleisiere, Gumetlepaïra, Mulivie, Saret, Trande.
Serres est aussi le lieu d'origine de la pomme du Piémont.

   Ils arrivent en Suisse qui ne peut pas garder tous ces réfugiés (1). Alors ils reprennent la route et six ans après leur départ - comme le temps passe - ils arrivent en Allemagne, dans le Bade-Würtemberg où le seigneur du lieu leur propose de s'installer comme ils peuvent dans les villages largement en ruine qu'ont dépeuplés la guerre de Trente Ans, les pillages, la famine et les maladies. Il leur donne des terres, pas très riches certes, mais enfin, des terres...
   Alors ils se mettent à l'ouvrage. Ici ils se sentent en sécurité après toutes ces persécutions. Tous n'ont pas la chance de trouver un toit. Qu'importe, s'il le faut on creuse un trou que l'on couvre de branchages. C'est déjà un abri. Quatre années très dures passent avant que chacun puisse avoir enfin une maison. Mais tous sont soutenus par leur foi. Ils savent que la lumière luit dans les ténèbres. Ils ne sont pas nécessairement de confession vaudoise, mais qu'à cela ne tienne, cette désignation leur convient. Et ils rendent grâce au Seigneur qui les a conduits jusqu'ici.

(1) En Suisse, ces émigrés étant si nombreux, les autorités leur ont conseillé de rentrer chez eux. Alors que des milliers ont fait route vers l'Allemagne, 13 000 sont revenus et se sont fait massacrer à leur arrivée au delà des monts.

   

Lux lucet in tenebris

Das Licht leuchtet in der Finsternis

La lumière luit dans les ténèbres

 

Devise des Vaudois

Lux lucet in tenebris   uayras à Würmberg

Sur la dalle : Colonie Lucerne de la Communauté du Queyras et Lucerne établie à Wurmberg 1699 - 1824

Sur les galets : Château-Queyras, Ville-Vieille, Arvieux Abriès, Molines, Aiguilles (et non vus : Ristolas, Saint-Véran, Guillestre)
Queyras àWürmberg tombe Blanc  
   Aujourd'hui leurs descendants se souviennent. A Serres, petit hameau de Würmberg, la place qu'ils ont refaite a été baptisée "du Patois", même s'ils ne parlent plus ce dialecte occitan. Pourtant leurs parents ont résisté pendant plus d'un siècle, depuis 1840, quand ce décret néfaste leur a imposé l'usage de l'allemand à l'école, dans leurs démarches administratives et même au culte. Et les femmes ont conservé pieusement  dans leurs armoires les robes de leurs aïeules venues des vallées vaudoises avec les coiffes et les châles blancs.

Ludwig Blanc
4/3/1872 - 9/1/1954
Marie Blanc née Jouvenal
3/9/1871 - 16/7/1955
Au revoir

   A Wurmberg même, près du temple, ils ont confectionné un monument avec des galets du Guil sur lesquels ils ont gravé les noms des villages du Queyras d'où venaient leurs ancêtres.

Femmes en costume traditionnel vaudois avec coiffe et châle blancs    Alors quand des Queyrassins leur rendent visite ils se mettent en quatre pour les recevoir. Ne portent-ils pas le même nom ou des noms qu'ils connaissent pour les avoir vus gravés sur les dalles du cimetière?  Et puis ils ont déjà rencontré nombre de ces visiteurs à l'occasion de "Retour en Queyras" et d'autres fois aussi. La barrière de la langue ? Certes ce n'est pas facile, mais quand c'est le coeur qui parle, il trouve les gestes qui conviennent. Alors on se serre par les épaules pour la photo, on se sourit en silence, on s'étreint longuement les mains.    On se reverra n'est-ce pas ? Oui, c'est promis, dans le Queyras ou ici. Et on essuie furtivement cette larme qu'on n'attendait pas.

   Auf Wiedersehen !  Au revoir !

   Deux mots qui retrouvent de part et d'autre leur sens profond.
  Wurmberg lotissement de 1778
 
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