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Certains érudits ont rapproché Quariates du nom du hameau des Escoyères, là où Quartinus Bussullus a fait ériger sa stèle, faisant l’hypothèse d’une racine pré-celtique commune : kar-ker → pierre, roche. D’autres ont proposé pour Escoyères l’origine latine excubiae (poste de garde). Cependant, dans les documents anciens, le nom de cette localité est choerias (1339), es-coeirri (1475) et (en dialectal) cuira, les gens des Escoyères étant appelés li cuirates en patois local (J. Tivollier op. cit. vol. I, p. 38). Il est probable que, à l’époque
Fragment de la stèle de Bussulus aux Escoyères
bronze, et des trouvailles faites à Pallon et Champcella, permettent de penser que le territoire des Quariates s’étendait dans la vallée de la Durance, à peu près entre l’Argentière-Pertuis Rostan et Guillestre-St. Clément, et incluait toutes les vallées affluentes, la stèle de Bussullus plaçant les Quariates entre les Briciani – Briançon - au nord et les Savincates - Savines au sud.
de Cottius et des Romains, il y avait aux Escoyères un poste administratif, c’est-à-dire une cūra, où un cūratŏr (fonctionnaire d’état) exerçait sa cūrātūra (activité de contrôle et d'administration). On peut inférer que le nom de Es-coyères dérive d’une expression du bas latin type « cureria ». L’étymologie du nom du chef-lieu des Grisons (Suisse), Coire (français) – Coira (italien) – Chur (allemand) soutient cette interprétation : il était à l’origine curia raetorum. Puisqu’on sait que la plupart des chemins qui reliaient le versant piémontais à la vallée de la Durance passaient aux Escoyères, il est probable qu’il y avait là quelque service (relais) pour les voyageurs, comme quelque organisation pour l’entretien des chemins (curatura viarum), mais surtout qu’il s’y trouvait aussi une sorte de maison des douanes où l'on payait l’octroi, puisque, par ce chemin, et pas seulement en empruntant la vallée de la Doire et le Montgenèvre, on pénétrait dans le domaine des petits rois de Suse, vers 63, à la mort de Cottius II, Néron ayant transformé ce royaume en province procuratorienne. La présence aux Escoyères d’un établissement militaire est peu probable : l’endroit le plus favorable pour le contrôle du passage a toujours été le verrou du castrum quadratum. On peut attribuer cependant au nom Escoyères une étymologie moins lointaine. Il faudrait alors considérer le tout du point de vue de l’organisation ecclésiastique. Cette curatura serait alors une cure, le premier emplacement religieux du Queyras et la première paroisse, instituée probablement au XIe siècle par l’une des abbayes héritières de la Novalaise : une telle interprétation serait bien en accord avec la tradition qui assigne aux Escoyères la fonction de premier et unique cimetière de la région, la première terre sacrée de la vallée de l’aqua de guillestra étant là. [...]
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Extrait de l'article de Mario Falchi " Le testament du patrice Abbon " paru dans les numéros 5 et 6 du bulletin de liaison de l'association Quey'racines
Les Escoyères et la stèle de Bussullus
[...] Mais alors, les Quariates de Bussullus et de l’arc de Suse n’ont-ils jamais été présents dans le pays, ou s’agit-il d’une légende ? Une fois encore il faut considérer avec attention l’étymologie du nom. Capillates, Savincates, Quariates (et enfin Bricianes, dont la lecture juste est Brikianes-Brikanes), peuplades dont le nom se trouve sur la stèle de Bussullus, au cas sujet pluriel ont tous la même terminaison –ates (-anes) (au génitif -orum ou –um sur la stèle) qui désigne un groupe familial ou tribu, quar(s)-quar(is)-quar pouvant être considérée comme la racine du nom. La lecture correcte du groupe QU (QV) du latin est KV : quar-quars → kvar-kvars. Selon toute probabilité, k a dû devenir vite une simple aspiration : Hvar-Hvars ou ’var - ’vars, qui est le nom bien connu de la vallée qui débouche à Guillestre : celle de Vars. La racine celtique var - ’var signifie « eau, cours d’eau, lieu près de l’eau », comme dans les noms de cours d’eau ou de localités qui bordent un lac, un torrent, une rivière : Var, Varenne (rivage délaissé, lit abandonnée d'une rivière), Varache (marécage), Verdon, (v)Arc, Aar (Suisse), Varaita, Varese, Varano, Varone (Italie), etc., lieux où l’on découvre souvent des traces d’habitat lacustre (palafittes). On peut donc supposer que le berceau de la tribu des Quariates se trouvait le long d’un fleuve ou dans un territoire riche en torrents, et l’expression Quariates désignerait alors ceux qui habitent le long (ou parmi) les cours d’eaux. Le bassin de Guillestre nous semble avoir cette caractéristique : il est arrosé par la Durance, le Guil et les torrents qui dévalent du col de Vars et du val d’Escreins (un territoire privilégié pour la culture des saules !). La présence, non loin de là, de la nécropole de Panacelle, disposant au XIXe siècle d’un abondant mobilier de l’Âge du fer et du bronze final, semble témoigner de l’existence d’une présence humaine d’une certaine importance dans le bassin de Guillestre. La découverte en 2003-2006 du site de la mansio (mutatio) rama, où la présence humaine semble dater de l’âge du
Escoyères : stèle de Bussullus (CIL 12, 00080) QVART/(BVSS)VLLI F (SIBI ET)/(B)VSSV(LLO)/PATR(I)/(BVSSVL)LAE LVT(ATIAE)/MATRI/ALBANO BVSS(VLLI) (F)ILI FRAT(R)I/PRAEF CAPILLA(TU)M SAVINCAT/QVARIAT (ET) BRICIANIORUM/QVARTINI(O) BVSSVLLI F FRATRI/ QVARTI(NIAE) BVSSVLLI F SOROR(I) Quartinus fils de Bussullus (à lui-même?); à Bussullus son père; à Bussulla? Lutatia ? sa mère; à Albanus fils de Bussullus, son frère préfet des Capillates, des Savincates, des Quariates, des Biriciani; à Quartinus? fils de Bussullus, son frère; à Quartinia? fille de Bussullus, sa sœur. (d’après J. Tivollier, op. cit. vol II, p. 32/33 et A. Guillaume Le Queyras, splendeur et calvaire d’une haute vallée alpine, Société d’Études des Hautes-Alpes, Gap 1974, p. 220)
... La reconstitution et la publication en 1878 de la stèle de Bussullus aux Escoyères a conduit à admettre que le toponyme Queyras dérivait du nom de la tribu des Quariates et que la haute vallée du Guil était le berceau de cette peuplade. Or, dans les anciens documents, le château seigneurial du Queyras est nommé aux XIIIe et XIVe siècles castrum cadracii - castrum quadratii (cf. Jean Tivollier Le Queyras, Gap 1938, réimprimé par Laffitte Reprints, 1977 vol. I, p. 50). Il apparaît dès lors évident que ce château était un castrum quadratum ou cadratum, c’est-à-dire une fortification dont le plan était à l’origine quadrangulaire. C’est alors bien plus logique que le Queyras (« cadratas ou cadras») soit la région contrôlée et administrée par le castrum quadratum.
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